Les moulins

   D'après le mémoire statistique du département de l'Eure du préfet Masson Saint-Amand, publié en l'an XIII, 398 meuniers en1789 et 400 en l'an IX (1802) broyaient du blé dans l'Eure. L'Iton, pour sa part en faisait tourner en quantité. Le dernier, avant ses pertes, était le moulin du Coq, à Villalet en dessous de Villez, puis le premier après sa résurgence, celui du Cativet, ensuite le moulin d'Aulnay et enfin ceux qui nous intéressent: un à  Bérengeville, deux au Moussel et deux à Arnières.Un sixième , le moulin de Chenappeville avait disparu quelques années après 1660.

                                                       
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   Au Moyen Âge, les moulins d'Arnières appartenaient au Roi, aux Comtes d'Evreux ou à des familles féodales. Il y en avait deux: un grand qui correspond au moulin actuel et un petit situé en travers de l'île d'amont .  Ce sont les différentes chartes qui nous permettent aujourd'hui de situer quelques proprétaires.
   Amaury III d'Evreux, avant de partir à la troisième croisade, alloua à un de ses vassaux Robert de Dardez, en rémunération d'un prêt, une rente annuelle de cent sous à prendre sur les moulins d'Arnières. La somme était considérable à l'époque. Plus tard, de Jérusalem, vraisemblablement à la suite d'envois d'argent, le comte ajoute à cette rente, une fois soixante sous et une fois cent sous angevins, payables à la mi-carême et toujours gagés sur les moulins d'Arnières. En 1202, Robert de Dardez abandonna les dites rentes à l'abbaye de Saint Taurin.
   La présence en Terre Sainte du Comte Amaury d'Evreux et conséquemment la date des Chartes, se situeraient donc entre 1184 et 1187. Par contre, il n'est pas posssible de savoir si les moulins d'Arnières s'entendaient seulement du pont ou s'ils comprenaient aussi ceux du Moussel.

   Dans la Charte de 1225 commentée par L. Delisle au sujet de l'abbaye de Saint Sauveur, Philippe de Chere, Ariel d'Asnières, sa femme, et Raoul d'Asnières, fils et héritier d'Ariel, rappelèrent aux religieuses que les tenanciers éventuels de nouvelles maisons seraient obligés de faire moudre leur blé à leurs moulins d'Arnières.

   En 1285, le Chapître d'Evreux, acquérant des biens au Plessis Grohan, devint bénéficiaire de "l'usage qu'avaient les vendeurs sur les moulins du seigneur roi de France, sis à Arnières, sur la rivière d'Iton".Les Chanoines percevaient déjà sur les moulins de la paroisse un droit de dîme estimé à 8 sétiers* et une mine de froment valant 49 sétiers1/2, les religieuses de Saint Sauveur une dîme* égale. L'échéance en tombait à la chandeleur pour les Bénédictines. Des quittances de leurs abesses en fournissent le montant deux années: 4 livres* parisis en 1420 et 9 livres en 1432. Les quittances employant une formule non restrictive:"pour la disme des moulins à blé d'Arnières".

   Entre 1380 et 1400, on trouve, dans le coutumier d'Hector de Chartres, à propos des coutumiers de la forêt d'Evreux et des communs et habitants de l'angle du Garel: "...et pour ceux sont tennus faire le tour du moulin du roy a Arnières, ne n'oseroient aller moudre ailleurs que la moulture d'icelui; et se il estoit ainsi que autre pain feust trouvé en leurs mesons que d'icelle moulture, il est forffait pour le roy pouchez, sacz, chevaulz, cherettes et harnois".
    Il existe toujours dans la forêt d'Evreux, sur le territoire des Baux Sainte Croix, "Le Chemin des Meuniers", emprunté jadis par les gens "de l'angle du Garel"à l'aller et au retour des moulins d'Arnières. Cette obligation dura jusqu'à la Révolution française.
    Les moulins étaient des centres vivants, des lieux de commerce, des points de rencontre où les nouvelles convergeaient. Des deux côtés, on y venait des plateaux au-dessus de la vallée. Ils fabriquaient de bonnes farines, meilleures selon les cahiers de doléances de 1789, qu'elles ne le seront au XVIIIème siècle.

      Mais les meuniers n'eurent pas toujours leur plein de travail. Un procès soutenu par le Procureur du Roi à Evreux de 1623 à 1635 pour les moulins d'Arnières et du Moussel aboutit à la condamnation d'habitants, notamment du Plessis-Grohan, qui refusaient le droit de banalité*. L'instance demandait que les défaillants fussent tenus d'aller ou envoyer moudre "leurs grains aux dits moulins à peine de confiscation de leurs farines, chevaux et harnais".
*setier: ancienne mesure de capacité qui variait suivant le pays et la matière mesurée (environ 0,4l)
*dîme: Impôt qui consistait dans le paiement d'une redevance en nature au clergé ou à la noblesse.
*livres: voir l'annexe réservée aux "monnaies" à la fin de ce chapitre.
*banalité: Obligation pour les gens d'une seigneurie de se servir du moulin, moyennant redevance.
*Moulin banal: moulin à l'usage de tous
                                            
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                                          Le moulin de Bérengeville

     Par son aveu du 15 juillet 1681, Louis Bruault de Carières, seigneur de Bérengeville la Rivière, rappelait qu'il tenait du roi en foi et hommage "...le moulin banal* assis sur la rivière d'Iton près et joignant ledit manoir seigneurial auquel sont sujets et baonniers tous les manants et habitants de ladite paroisse de Saint Laud de Bérengeville la Rivière". Passé aux seigneurs successifs, le moulin de Bérengeville appartenait au moment de la Révolution au Duc de Bouillon, acquéreur du fief.
     Entré dans le domaine de Navarre, il fit donc partie de la dotation attribuée à l'impératrice Joséphine et fut vendu lors de la liquidation des biens de Navarre par le Marquis de Dauvet. Le cahier des Charges signalait la puissance de la chute d'eau très supérieure aux besoins et la beauté du grand bief.
     Le 18 Juin 1844, le maire de Bérengeville transcrivait dans son registre de délibérations l'ordonnance de Louis-Philippe du 19 Avril autorisant la construction d'un nouveau bâtiment de moulin et l'élargissement du coursier* alimentant la roue motrice. C'est ce moulin de 1844-1845 qui fonctionnait encore en 1939. 
     L'ordonnance réglementait le régime et le niveau des eaux, la tenue du bief, du canal de décharge, des digues en amont et en aval du moulin, l'entretien avec clayonnage des berges. Elle précisait la séparation du coursier et du pertuis de flottage*, confirmait les dimensions de la vanne de flottage à 3.28m, l'enfoncement de son seuil à 1.24m et les obligations du meunier vis à vis des flotteurs.
     Les registres paroissiaux nous font connaître les noms des quatre maîtres meuniers de Bérengeville au XVIIIème siècle:
                     - En 1720 > Baptiste Londet
                     - En 1726 > Sulpice Miserey
                     - En 1752 > Laurent Leduc
                     - En 1762 > Marin Grandière
                         Le moulin de Bérengeville, de nos jours.
* coursier: canal qui conduit l'eau à la roue du moulin, synonyme de bief
* pertuis de flottage: ouverture à barrage mobile ménagée dans une écluse et qui permet de retenir l'eau ou de la laisser passer dans le coursier

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                                         Les moulins du Moussel

     L'un des plus anciens documents évoquant le moulin du Moussel date de la dernière période de la guerre de cent ans. Il s'agit d'une enquête du 31 décembre 1438 relative à la demande de reconstruction du moulin qui avait été détruit en 1418 par les Anglais.
"...Information de Pierre Bardouf, lieutenant général de Guillaume Helme vicomte d'Evreux, en présence de Monsieur Jean Le Moine, Lieutenant général du bailli d'Evreux, de Collard Anquelin, procureur du roi au dit baillage et de Robin Huillard, sergent d'Avrilly, sur le contenu de la requête de Richard Aoust, écuyer, par laquelle il supplie les gens des comptes de lui fieffer à perpétuité pour le prix et somme de 60 sous tournois de rente, la place où souloit être le grand moulin du Moncel en la paroisse d'Arnières, lequel en l'an 1418 fut ars* et démoli par les gens de guerres, à la charge de faire refaire le dit moulin à ses dépens.."
     On ne sait pas si la désignation de "grand moulin" signifie un moulin important ou fait la discrimination entre un grand et un petit. Cette deuxième hypothèse laisse supposer l'existence de deux moulins comme il y eut au pont d'Arnières.
      Auguste Le Prévost publie un long aveu du 26 mai 1411 dans lequel Jean de la Ferté-Fresnel époux de Jeanne de Garencières déclare "qu'un moulin assis en la paroisse d'Arnières, appartenant à Jean Esprenguel lui vaut 40 sous tournois de relief le cas échéant, et chaque année en fer de lance au terme de Saint Rémi".Le moulin relevait sans doute de la baronnie de Garencières depuis que les barons étaient seigneurs de Bérengeville. Un acte de tabellionnage d'Evreux l'appelle en 1545 le moulin Beauffres: "Le 20 septembre 1545, Jean Thioult, écuyer, vend à sa mère le moulin Beauffres, sis à Arnières, avec l'île, la rivière, les pêcheries et autres appartenance du moulin, tenu de la seigneurie de Garencières par un fer de lance de rente. Cette vente, qui comprend aussi une pièce de vigne, est faite moyennant 400 livres..."
     Le moulin ne paraît pouvoir être situé que comme étant celui-ci, ou l'un de ceux du Moussel, car les moulins du Pont d'Arnières, biens du roi, faisaient au XVIème siècle l'objet de location.
      Par la suite et jusqu'à la révolution, le moulin du Moussel appartint au domaine royal. Les meuniers étaient engagistes, régime compliqué de l'ancien droit: ils ne possédaient pas de fond, le Roi ayant la faculté perpétuelle de rachat, mais seulement la jouissance tout en supportant les dépenses, l'entretien et les réparations. Chaque changement s'opérait par adjudication au plus offrant et dernier enchérisseur, sur arrêt du Conseil du Roi.
     Le Moussel fut à plusieurs reprises vendu conjointement avec ceux du Château et de la Planche à Evreux: en 1561 à Jean Lavocat pour un prix, avec d'autres fermes, de 21950 livres, en 1709 à Jean Dumont pour 20000 livres.
      En 1730, l'héritière de celui-ci céda le moulin du Moussel à Pierre Adeline qui sera trésorier de la Fabrique d'Arnières en 1735, moyennant une rente annuelle de 150 livres.
     En 1652, l'engagiste de l'époque avait acquitté au trésorier de l'épargne un supplément de finances de 700 livres. C'était encore un membre de la famille Lavocat, maître des comptes à Paris. Son meunier, Pierre Mody, lui versait depuis 1645 un fermage annuel de 60 livres tournois en argent. Par bail de six ans, passé devant des notaires du Châtelet de Paris le 13 décembre 1652, le fermage fut porté à 90 livres payables à Paris, plus la dîme de Saint Sauveur*. D'autres maîtres meuniers se succédèrent: en 1672 Pierre Le Tellier, en 1692 Pierre Londal.

      En 1758, apparaît une véritable famille de meuniers, les Filleul; un, Charles est à Aulnay, un autre, Pierre, au Moussel. En 1767, Catherine Hébert, veuve de ce dernier, tutrice de ses enfants et en cette qualité, proprétaire engagiste du moulin du Moussel, adresse à l'intendant de Rouen au sujet de la revente du moulin une requête "...tendant à charger celui qui s'y rendra adjudicataire à lui rembourser la somme de 1436 livres 11 sols 11 deniers, tant pour la première que pour la seconde finance, frais et loyaux coûts et de la décharge de la redevance de la dixième semaine due à l'abbaye de Saint Sauveur".
      Il ne se présenta d'enchérisseur qu'en 1772 et la revente eut lieu le 10 mai 1773 au profit d'Achille-Nicolas Nervet.
      En 1784, le meunier s'appelait Pierre Perrault.
      Puis le Moulin du Moussel "faisant de bled farine" rentrera encore au moins une fois, dans le Domaine. Il sera vendu comme bien national le 15 Prairial an IX (4 juin 1801) pour 40300 livres à Jean Belloque et aliéné ainsi définitivement.

     Pierre Filleul fils l'occupa peut-être entre temps comme locataire. En tous cas, il fit construire un moulin neuf à proximité de la rivière dite La Roulette. Une délibération du Conseil Municipal de la commune, réuni tout exprès, en date du 17 Floréal an II (6 mai 1794) déclare, après examen des renseignements nécessaires et visite des lieux, que " le dit moulin n'est pas dans le cas de faire tort à qui que ce soit".

     Le 6 prairial an VII (25 mai 1799) un arrêté de l'Administration centrale de l'Eure autorise l'ouverture du canal du moulin. La pose d'un repère régulateur du point d'eau a lieu le 30 septembre 1820 et un autre le 18 juin 1844. Le Moulin qui s'est appelé longtemps le Moulin neufpar opposition à l'ancien moulin du Moussel dit le Moulin vieux, était alors la propriété de Louis Aubert. Une ordonnance royale du 29 janvier 1845 régla son régime hydraulique. Il prit par la suite le nom de Moulin Leroy qu'il a conservé après sa mise en chômage. Mais on dit aussi bien le Moulin Filleul.
     Des poses de repères eurent lieu pour le moulin vieux en même temps que pour le moulin neuf. Il appartenait à ce moment au meunier Damiens. le proprétaire suivant, Dujardin, fut autorisé par décret du 28 juin 1852 à le conserver, simple mesure d'ordre public évidemment.

    Un nouveau moulin du Moussel a été bâti ensuite*. Il fonctionnera jusqu'en 1956.
     C'est celui que l'on peut encore découvrir de nos jours, blotti derrière un rideau d'arbres.



*Ars: brûlé
*dîme de Saint Sauveur: redevance de la dixième semaine dûe à l'abbaye de Saint Sauveur. C'étai une lourde dîme puisqu'au temps de Pierre Mody elle s'élevait à 10 livres par an, alos que son fermage n'était que de soixante livres.
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                                   Le Moulin de Chenappeville

     Aussi ancien que ses frères d'amont, le moulin de Chenappeville était implanté aux abord du vieux pont. E. Izarn pense que c'est lui qui est désigné sous le nom de moulin de Beaumont dans les partages de Philippe Auguste de 1203. Il le situe dans le pré de Beaumont, lequel "jouxtant Arnières" fut donné à l'Abbaye de la Noë en 1210.
      Le moulin de Chenappeville appartenait au XVIIIè siècle à Mr Caruel, seigneur de Merey. Nous ne savons pas à quel moment, ni de quelle façon il était entré dans son patrimoine.

      Le Duc Godefroy Frédéric Maurice de Bouillon l'achètera le 25 février 1660. Il est désigné dans l'acte d'achat sous le nom de "moulin banal dudit lieu du Coudray et de Chenappeville", du fait que le vendeur Alexandre de Caruel était aussi seigneur du fief du Coudray, "terre de grande étendue dans la plaine qui fait partie de la campagne de St André", alors que "Chenappeville est un petit hameau assis dans la vallée d'Arnières le long de la rivière d'Iton à plus d'une lieue du Coudray".
       L'acquisition consistait, pour le prix de 4500 livres tournois, dans le moulin en mauvais état, "un pré de quatre vergées, quelques vertes moultes, des rentes seigneuriales et la pêche de la petite portion de rivière, le tout affermé pour la somme de 120 livres par an, plus huit chapons et deux poules, les chapons de 20 sols et les poules à 12". Ce qui faisait un revenu annuel de 149 livres 4 sols. C'est ce qu'expliquait dans un mémoire au Duc de Bouillon à présent en cour, son procureur Monsieur de Barthoquin ajoutant "que ledit moulin de Chenappeville est chargé d'une grandissime rente à l'abbaye de la Noë laquelle consistait en huit boisseaux* de blé et 15 sols de redevance foncière".
      En 1661 le meunier Pierre Eschard certifiait que pendant 26 ans il n'avait pas moulu de blé au habitants du Coudray "qui n'étaient pas banaux de son moulin",mais seulement à ceux de Chenappeville répartis en 7 feux. En outre le moulin avait été arrêté plusieurs années.

      "Tout ruiné et en décadence", le moulin ne fut pas réparé, ni reconstruit. Il disparut dans l'agrandissement de Navarre avec les autres habitations de Chenappeville.



















                                      L'Iton à Chenappeville
*boisseau: ancienne mesure de capacité pour les matières sèches, valant 12.5l

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                                       Les Moulins d'Arnières

   Quant aux moulins d'Arnières, ils étaient anciennement au nombre de deux. Une charte de l'Abbaye de Saint Sauveur du mois de Juillet 1230 les donne comme repères d'une terre de Maupas, laquelle "jouxte le grand moulin de l'île du petit moulin". La même charte parle aussi de la masure du pont perrin, c'est à dire du pont de pierre.
    Le petit moulin se trouvait sur l'île qui est en amont du moulin actuel, il prenait son eau dans l'Iton et la déversait dans le bras du Domaine. Il fut certainement détruit après septembre 1844, date où on le trouve dessiné, sur un plan général des deux moulins d'Arnières. Il appartenait à un Sieur Leroux.

    Dépendant du domaine royal, comme Le Moussel, le régime ne parait pas avoir été celui des engagistes, mais de la location. La distinction est d'ailleurs subtile et on ignore la date à laquelle les meuniers sont devenus propriétaire du fond. 
    L'affermage figure aux recettes de la vicomté d'Evreux. En 1533, le prix paraît être de 66 livres, 13 sols et 4 deniers. En 1542, le moulins sont loués pour trois ans à Louis Buisson, à raison de "huict vingt quinze livres tournois" c'est à dire 175 livres par an. En 1562 et en 1565, le loyer ne se monte plus qu'à 100 livres.

    Les registres de catholicité d'Arnières donnent comme meuniers: en 1708 Antoine Delhomme; en 1735 Nicolas Ennouis; en 1740 Simon Yver, premier d'une autre famille de la profession; en 1752 Charles Yver et Jean Yver comme moulants.
    Au début de la révolution, c'était Jean-charles Yver qui fut pendant une courte période, le second maire d'Arnières. A la date du 8 Ventôse an IV (28 février 1796), il occupait 4 ouvriers meuniers.
 

 

   Un état du 7 ventôse an XIII (27 février 1804) projette une graduation foncière relative. Le moulin de Bérengeville aux héritiers du Duc de Bouillon, avec un revenu base de l'impôt foncier de 445 francs, alimente une contribution de 178 francs; celui de la Roulette, à Pierre Filleul, au Moussel, avec un revenu de 150 francs, une contribution de 63.39 francs; celui du Moussel, à Jean Bellocque, avec un revenu de 180 francs, une contribution de 74.80 francs et celui d'Arnières, aux héritiers Charles Yver, avec un revenu de 200 francs, une contribution de 84.52 francs.

    La prospérité du règne de Louis-Philippe amena la rénovation de nos moulins. Ils accrurent leur capacité de mouture et connurent dans le courant  du XIX ème siècle, un état florissant qu'attestaient leurs grandes intallations et leurs maisons cossues.

    Pour le moulin d'Arnières, des travaux furent engagés en 1845. Le propriétaire, Monsieur Lemarié voulait faire un déversoir de six mètres de long, à la suite certainement des inondations de 1841.
    Le grand moulin gardait encore à l'époque sa roue de 4m20 de diamètre pour seulement 0,70 mètre de large. 

    En 1869 et 1870, Monsieur le Duc fit refaire le moulin que l'on voit maintenant dans sa forme actuelle: la nouvelle roue mesurant 3,30 m de large. C'est celle qui existe encore aujourd'hui.



    
    Entre 1896 et 1898, face à la concurrence, Monsieur Damien fit équiper son moulin d'un moteur à explosion de 30 chevaux vapeur, alimenté par un gazogène Boutillier. Son exploitation fut probablement abandonnée au profit d'un moteur électrique plus moderne et économique vers1926 quand le réseau électrique se développa sur Arnières.

  La meunerie d'Arnières après avoir entrenu pendant un millénaire tant de vie dans la vallée, a cessé de moudre. Au milieu du XXème siècle, elle a disparu, comme jadis d'autres activités: l'exploitation des carrières Bapeaume, l'élevage des ânes, les briqueteries du Haut Péan, les Tuileries, le flottage des bois, et dans la culture, la vieille production de la rabasse, puis celles du chanvre et du lin.

   Le dernier moulin à tourner, celui d'Arnières, arrêta son activité vers 1950.

La présence massive du moulin, près du pont d'Arnières, rappelle au flâneur son passé florissant.

   
                                          Annexe: Les monnaies

La livre: monnaie représentant à l'origine (1080) un poids d'une livre d'argent et moins de 5 grammes à l'établissement du système métrique en 1801.

      La livre tournois: la livre tournois valait vingt sous, deux cent quarante deniers.
      La livre parisis: valait vingt cinq sous.


Sol ou sou: on dit aussi solt. Monnaie valant le vingtième de la livre soit 12 deniers.


Denier: Ancienne monnaie valant la deux cent quarantième partie de la livre

      Le denier tournois: valait le douzième d'un sou

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