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UN
VIEUX VILLAGE
Première bourgade après la sortie d'Evreux à l'ouest, entre les routes de Conches
et de Breteuil, Arnières apparaît à ceux qui la regarde des garennes du Haut Péan comme une vaste clairière dans la forêt. En bas,
l'Iton coule dans les prairies, son courant baignant au passage le pied des moulins désaffectés.
L'église avec la silhouette de son clocher, l'ancien logis seigneurial, les ruelles étroites, les ponts de briques et les vieilles maisons qui subsistent
encore, confèrent au site un charme bucolique et attirant par la douceur de vivre qui en émane.
Des invasions barbares jusqu'à l'installation des Normands, on ne sait pas grand chose. Ce sont les siècles obscurs, sauf pour Bérengeville pénétré du souvenir de
Saint Laudulphe*.
En revanche,
la période gallo romaine a laissé dans le sol, apparemment nivelé, les traces d'une agglomération riche. Elle couvrait, dans le nord est du territoire, l'étendue de Chenappeville. A l'époque des
labours, le soc des charrues ramène à la surface des débris de toutes sortes: poteries, tuiles, marbre... Les fouilles de 1954,1957,1960,1967 et les plus récentes de 2006 et 2007 se sont révélées
fructueuses. Les détails et les trouvailles de ces derniers travaux archéologiques feront l'objet d'une chronique approfondie dans cette rubrique de notre histoire locale.
Par ailleurs, Arnières s'insère pleinement dans la tradition qui veut que les sanctuaires dédiés à Saint Martin se rencontrent de préférence aux abords des anciennes
voies romaines. Le patron de la paroisse est en effet l'apôtre de la Gaule: Sanctum martinum de Asinariis, Saint Martin des
Aniers ou Saint Martin d'Arnières. Une rue du Bourg porte son nom. La route romaine qui passait à
Arnières conduisait d'Evreux à Condé sur Iton.
Mais on se tromperait en arrêtant l'ancienneté d'Arnières à l'époque romaine. Il est vraisemblable qu'une population gauloise a
précédé les groupes gallo romains. Les Aulerques Eburovices du vieux Camulogène devaient avoir çà et là des villages reliés par d'antiques chemins comme pouvait l'être celui du Chemin Potier qui va de Saint Aubin du Vieil
Evreux par la Madeleine, Fumeçon et Cracouville.
Enfin, des silex taillés trouvés à Chenappeville, aux Tuileries et aux Rabasses, feraient remonter Arnières à l'âge des dolmens de la Trigalle, de la Pierre
Courcoulée des Ventes et des trois mehnirs des Baux Sainte Croix, découverts en 1939 par M.Marais, Maire de Jumelles.
Au seizième siècle, l'église était toute neuve,
éclairée par ses riches vitraux.
Le logis des
Dames Bénédictines de Saint-Sauveur (actuellement ferme de Mr Hébert) venait d'être reconstruite ainsi que la grange aux Dîmes et les communs spacieux.
Autour de l'église, puis descendant jusqu'au moulin, des fermes et des chaumières formaient
le noyau du village. Quelques hautes maisons, résidences des bourgeois d'Evreux, les dépassaient de leurs étages sans s'élever toutefois au niveau de la seigneurie.
Deux hameaux proches, l'un à Chenappeville, auprès du Franc-Manoir*, l'autre plus étendu, au Moussel,
abritaient les mêmes professions: laboureurs, meuniers, journaliers, bûcherons, gens de métier. En amont, à une demie lieue, la petite paroisse de Bérengeville la Rivière groupait une trentaine
de feux sous la protection de Monsieur Saint Laud, dont le moutier* et la grotte attiraient des pèlerins de loin.
Le dessin de l'habitat était tel depuis très longtemps. Sa structure demeure. Mais l'usure qui faisait se renouveler les demeures continuera pour ne
guère laisser, après un millénaire, que celles du XVIIIe siècle. Des murs de glaise, chaperonnés de bruyère pour la plus grande satisfaction des oiseaux et des loirs, enfermaient les
cours et les potagers.
Les lisières rectilignes de la forêt demeurent, avec la forme géométrique de
pénétration des terres labourables dans les trièges* boisés, une attestation visible des défichements des XIIIe et XIVe siècles. La configuration agricole devint alors ou redevint ce qu'elle est
à présent, "un pays de champs ouverts et allongés", propre aux céréales. Les façons et les assolements se complétaient par le régime de la vaine pâture, c'est à dire de la mise en commun à périodes déterminées des champs pour la nourriture des animaux. En appoint, la forêt procurait les pâturages et la glandée.
La vie arniéroise comportait un côté collectif, une solidarité, le commun, sous le signe desquels la paroisse s'érigea très tôt. En ce temps de féodalité, les
vilains d'Arnières, placés sous la dépendance d'une abbaye, n'eurent pas à supporter comme d'autres la rudesse de moeurs de seigneurs puissants. En Normandie d'ailleurs, dès le XIe , il n'y
avait plus de servage et à la fin du XIIe la petite propriété était partout très répandue.
On cultivait le blé, le méteil, mélange de blé et de seigle, l'orge, l'avoine, les pois, les fèves, la vesce*, le chanvre et le lin, les plantes tinctoriales, telle
la gaude* ou rabasse, les plantes maraîchères, à Bérengeville peut-être le tubie ou timiane qui fournissait un parfum.
la Rabasse>>>
L'ancienne activité d'élevage des ânes, avait permis l'exploitation et le développement de la
carrière Bapeaume dont le rendement était important. Les six moulins de la vallée tournaient depuis que l'Iton les faisait mouvoir; à leur activité s'ajoutera pour cent ans, au XVIIIe
siècle, celle du flottage des bois des forêts de Conches et d'Evreux avec l'installation du chantier des flotteurs.
La plantation du pommier commença au XVIe siècle et le cidre prit rang de boisson régionale. Certains
terrains accueillent de hauts poiriers, de vie plus que centenaire, producteurs de poiré, maintenant en voie de disparition. Auparavant, les boissons courantes étaient la frênette, la bière et
les vins locaux. Il se faisait de ceux-ci une véritable consommation, la vigne étant très cultivée. Arnières et Bérengeville avaient leurs vignobles propres, bien exposés, sur les
Côtes dont ils doraient les pentes à présent arides.
Au Moyen Age, les pommiers, des espèces précoces, poussaient dans la forêt. Les qualités apparurent ensuite par le greffage dans les
vergers.
Il y eut ensuite la pratique et le perfectionnement de l'arboriculture fruitière qui dota et palissa les murs de variétés adaptées aux terrains. Des noyers dominaient par leur taille pruniers et cerisiers.
Arnières à conservé les traces de ses anciennes activités.
Aujourd'hui Arnières sur Iton est formé par la réunion de deux communes: Arnières et Bérengeville la Rivière, la première ayant absorbé la
seconde. Le rattachement date du 8 Août 1845. La fusion des paroisses qui eut lieu dès le Concordat l'avait précédé d'un peu plus de quarante ans. Le nom d'Arnières sur Iton a été pris le
15 Mars 1930 pour des raisons postales: la confusion se faisait avec la commune d'Asnières située dans l'ouest du département de l'Eure.
La forêt d'Evreux entoure Arnières presque entièrement, les Bois des Dames, de la
Faisanderie et de Saint Sébastien ferment le cirque. L'Iton
dont la résurgence se trouve à quelques kilomètres en amont et se grossit du Rouloir, traverse tout le territoire d'ouest en est.
Deux routes départementales, Breteuil et Conches, et la ligne de chemin de fer Paris-Cherbourg entretiennent un important
mouvement de circulation.
La population se répartit en cinq ou six groupements rapprochés: La Friche,
Chenappeville, Le Moussel, Bérengeville la Rivière et Les Côtes.
Les communes
bordant Arnières sont:
- au nord et au nord ouest: Saint Sébastien de Morsent
- au nord est et à l'est: La ville d'Evreux et Angerville la campagne
- au sud et au sud ouest: Les Baux Sainte Croix et les Ventes
- à l'ouest: Aulnay sur Iton.
Le territoire présente, par suite de sa
configuration, des différences d'altitude. La mairie et l'église se situent à une hauteur de 90m, la forêt de 128 à 140m, les Côtes et le fond de la vallée à un niveau d'environ 75m.
La chaux affleure aux collines. Ailleurs, le sous-sol est composé de marne, de sable, de larges couches d'argile, de lits de graviers et de silex où la mer des ères géologiques à laissé ses
cailloux roulés et abandonné des oursins.
*Saint Laudulphe: Un des premiers évêques d'Evreux, ermite et patron de la paroisse de Bérengeville
*Franc-Manoir: La Pommeraie
*moutier: monastère
*triège: étendue déterminée de forêt
*la vesce: plante herbacée cultivée comme fourrage vert ou pour ses graines
*la gaude ou rabasse: variété de réséda fournissant une teinture jaune
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